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Livre des sources médiévales:

L'OPINION PUBLIQUE DANS LES RAPPORTS DE POLICE


Le rapport de police est une source encore peu exploitée pour la période de la Révolution et pour le XIXe siècle. L'intérêt de ce type de document est indéniable, et pour s'en faire une idée, nous donnons ci-dessous, deux extraits qui nous informent sur l'opinion publique au lendemain du coup d'état du 18 Fructidor an V, qui symbolise le triomphe de la République, mais aussi sa subordination à la volonté des armées:

LXXIII - 19 Fructidor an V (5 septembre 1797)

Rapport du bureau central du 20 fructidor (Arch. Nat., AF IV, 1478).

Esprit public. - Les esprits sont généralement animés des meilleures dispositions ; ce premier aspect de frayeur que les événements avaient donné à un assez grand nombre de citoyens a totalement disparu. Le cours des habitudes est repris de tout côté presque comme à l’ordinaire, il y a moins de désapprobateurs de tout ce qui vient d’être fait par les autorités; seulement on témoigne de l’inquiétude sur le brisement et l’anéantissement des ateliers de quelques imprimeurs, et l’on disait que c’était une violation de l’arrêté du Directoire. Il perce des lueurs de mécontentement qu’un assez grand nombre de citoyen concentre au milieu et au sujet des circonstances actuelles; l’égoïsme est tel dans la classe ou des gens aisés ou des personnes livrées au commerce que l’on est sûr de n’être pas atteint. Au surplus, dans cette partie de la société, plus encore que dans toute autre, on éprouve et on manifeste le plus grand éloignement à se mêler d’aucune affaire publique. L’esprit de l’intérieur des familles et des états de moyenne fortunes est celui d’une inquiétude assez vive sur les suites de ces journées, dans l’appréhension où l’on est que des patriotes exagérés ne cherchent à souiller de vengeance et de sang le triomphe du Gouvernement sur ceux qui en fomentaient la ruine.

Dans tous les cafés et autres lieux de réunion qui composaient autrefois le quartier dit Saint-Germain, on est doublement content, et de ce que le gouvernement, en prévenant sa perte a sauvé la France des horreurs de la guerre civile, et de ce que la déportation et non la mort sera la seule peine infligée aux coupables de conspiration. Le voeu assez unanime du public est aussi pour la déportation des journalistes auxquels, non seulement les amis, mais aussi quelques ennemis de la République eux-mêmes, font les plus sanglants reproches. Ces derniers n’inspirent en quelque sorte aucun intérêt ; il est d’autres endroits où l’on en donne à quelques-uns des députés condamnés à la déportation, encore les sentiments y sont très partagés. Partout d’ailleurs on est assez content des exceptions faites en faveur de Thibaudeau et de Doulcet-Pontécoulant.

On est convaincu que des entrepreneurs de travaux cherchent à persuader aux ouvriers qu’ils occupent, que ce sont les Jacobins qui vont reprendre leur ancien train, que l’on va rétablir le papier, la guillotine, etc..., qu’il ne reste plus que des députés montagnards. Ces suggestions sont très répandues et tiennent bien des citoyens faibles et surtout des femmes sous l’impression d’une espèce de terreur. A cela il faut ajouter que d’autres ennemis de l’ordre actuel des choses inspirent toutes sortes d’inquiétudes au peuple sur les subsistances ; on prend dans certains arrondissements plus de pain que de coutume chez le boulanger et quelquefois leurs fournées n’ont point suffi aux demandes. On voit, en revenant sur les événements, qu’ils n’ont pas fait verser de sang ; on espère même que le grand changement s’opérera sans qu’il y en ait une seule goutte répandue. Cette idée a reconquis bien des coeurs au Gouvernement, et la majorité des habitants de Paris approuve toutes les mesures qu’il a prises.

Spectacles.- Ils n’ont rien offert de remarquable. La tristesse y était peint dans les yeux de ceux que l’on y croit habitués. Du reste beaucoup de calme et nulle application...

LIMONDIN.

 


LXXIV - 20 fructidor an V (6 septembre 1797)

Rapport du bureau central du 21 fructidor - (Arch. Nat., AF IV, 1478).

Esprit public. - On découvre dans le public deux caractères aussi marquants qu’opposés : d’un côté un air de peur et de mécontentement, de l’autre une exaltation qui dépasse les bornes de l’humanité, mais cette dernière opinion est celle d’un assez petit nombre ; on y a entendu des citoyens désirer que les conspirateurs fussent conduit à la guillotine, présumant que, s’ils eussent réussi dans leurs projets, ils eussent fait massacrer les patriotes. « Si l’on nous confie la conduite des prisonniers du Temple, on dit ailleurs des militaires échauffés, leur affaire sera bientôt faite, nous les funisserons en route. » Cependant les dispositions des chefs militaires, partout où il s’en trouvait de réunis, étaient beaucoup plus modérés et plus indulgentes.

On remarque un profond silence parmi les citoyens qui désapprouve les derniers événements ; mais un sentiment, qui domine dans tous les lieux publics, est celui d’une vive satisfaction de ce que la journée du 18 fructidor et les changements qu’elle a opérés n’auront coûté la vie à aucun citoyen. On a vu aussi renaître une nouvelle sécurité au départ des troupes dont il reste une bonne idée dans l’esprit des citoyens de bonne foi. Ces derniers de plus regardent comme indispensables pour prévenir de grands troubles les mesures prises d’urgences par les autorités en ce moment ; cependant ils croient que le danger de la chose publique n’est plus assez sensible pour que les autorités suspendues tardent à reprendre leurs fonctions. - Il n’est pas rare de rencontrer des personnes inquiètes que les partisans de la Terreur ne cherchent à ramener le régime de l’anarchie. Cette crainte est très répandue, et quelques propos entendus dans la classe ouvrière contribuent à l’entretenir. Pour manifester ouvertement leur opinion, ceux qui désapprouvent les événements actuels appréhendent que les députés arrêtés ne soient d’avance destinés à périr ; ils semblent insinuer ou qu’on les fera périr à la Carrier, suivant leur propre expression, ou qu’une fois en mer, on les fera échouer à propos.

Lorsqu’il a été question de la destruction des pièces de quelques imprimeurs, cet excès a été souvent excusé par la licence effrénée des écrits royalistes qui avaient perverti l’opinion publique depuis des mois entiers ; on gémissait malgré ce raisonnement d’une destruction qui ne pouvait tourner au profit de qui que ce fût.

Le bruit s’est répandu qu’à Tours de violents troubles étaient sur le point d’éclater à l’occasion d’un spectacle intitulé: Spectacle des Honnêtes gens, par opposition aux républicains qui se trouvent dans cette commune. On disait aussi qu’à Rouen, à Lyon et quelques autres villes du Midi les royalistes avaient été fusillés.

Quoique l’inquiétude soit sensible dans une partie du public, le calme est cependant garanti par l’opinion de la majorité qui n’a heureusement plus qu’à recueillie dans la conclusion de la paix le fruit des derniers événements.

Spectacles.- L’opinion s’y est fortement manifestée en faveur du Gouvernement et de la conduite qu’il a tenue dans la dernière circonstance. Dans presque tous les théâtres, les airs patriotiques ont été joués, chantés et accueillis par des applaudissements. Partout la tranquillité a paru régner et même la joie a paru renaître...

Bourse. - L’affluence a été beaucoup plus considérable aujourd’hui à la bourse ; on trouvait facilement à placer les rentes dont le cours a été fortement en baisse, et, selon le bruit général, elle n’a d’autre motif que la proposition qui, dit-on, a été faite au Conseil de les convertir en effet au porteur. Les cours de cet effet ont été 12 livres 10 sols, 15 livres et 11 livres 5 sols. Les bons du ¼ se sont faits à 53 0/0 de perte. Ceux des ¾ de 10 livres 15 sols à 9 livres 7 sols 6 deniers.

COUSIN.

Source : "Le coup d’Etat du 18 fructidor an V", rapports de police et documents publiés par Charles Ballot, (Société de l'Histoire de la Révolution Française, 25), Paris, 1906, pages 173 à 176.

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